Un des perliculteurs les plus connus au Queensland est John Saltmarsh, dont l'entreprise familiale Roko Pearls fonctionne dans le détroit de Torres depuis plus de 15 ans. Lors d'une récente conférence, John Saltmarsh a surpris maints de ses auditeurs en soulignant que la première personne à produire des perles de culture ne fut pas Mikimoto, mais bien un agent des services des pêches d'Australie, en 1890.

L'huître perlière est exploitée en Australie depuis très longtemps

Depuis plus d'un siècle, les huîtres perlières des eaux qui baignent le nord de l'Australie ont été exploitées pour leur nacre. La découverte d'une perle naturelle était autrefois considérée comme un gain inattendu dans le cadre de la collecte de la nacre. Ainsi, les huîtres perlières sont souvent baptisées "nacres". Pendant la Seconde Guerre mondiale, la filière de la nacre a réussi à survivre en dépit de sévères perturbations, sans toutefois jamais s'en remettre entièrement du fait de l'arrivée du plastique pour la fabrication de boutons.

Dès la fin du siècle précédent, certains s'efforcent de cultiver les huîtres perlières. Dans les années 1890, G. S. Streeter de Broome est connu pour avoir cultivé des demi-perles à Roebuck Bay, en perçant de minuscules trous dans la coquille des huîtres vivantes et en y insérant de petites boules de nacre formant un nucléus.

C'est en 1956 que la perliculture voit réellement le jour, avec la création d'une ferme appartenant à Pearls Proprietary Ltd., une co-entreprise australo-japonaise de Kuri Bay, à 420 km au nord de Broome, en Australie occidentale. Dès 1973, Kuri Bay est réputée produire près de 60 pour cent des plus belles perles rondes, demi-perles et perles baroques du monde. Aujourd'hui, la perliculture est l'industrie aquacole australienne la plus importante; elle représente chaque année 200 à 250 millions de dollars australiens.

La principale espèce cultivée est Pinctada maxima, l'huître à lèvres dorées, au nord-ouest de l'Australie occidentale (au premier chef autour de Broome), sur la péninsule de Coburg et dans la région de Darwin et de Bynoe Harbour (Territoire du Nord), et enfin dans la partie nord du Queensland, essentiellement dans la région du détroit de Torres. Les plongeurs récoltent sur les fonds marins les huîtres perlières sauvages, dans le cadre d'un système de quota visant à prévenir toute surexploitation des stocks.

La culture traditionnelle sur radeau continue d'être utilisée dans certaines parties de l'État du Queensland; toutefois, la plupart des perliculteurs ont recours aux palangres de surface ou immergées. La culture au fond perdure dans quelques zones. Des panneaux de grillage de plastique retiennent les huîtres perlières dans des poches individuelles, ce qui facilite leur nettoyage périodique par jet d'eau à haute pression, à partir d'embarcations annexes.

Comment Mikimoto eut-il vent du secret de la fabrication des perles ?

"Tout le monde considère que le célèbre Mikimoto fut le premier à découvrir le secret que l'homme cherchait à percer depuis toujours, c'est-à-dire la façon de forcer une huître perlière à produire une perle", raconte John Saltmarsh à Austasia Aquaculture. "On a souvent raconté l'histoire du jeune fils de fabricant de nouilles japonaises dont le rêve était de rendre les perles accessibles aux femmes ordinaires du monde entier, et ce encore récemment dans un documentaire, The Mystique of the Pearls. Mikimoto fut sans aucun doute un géant de l'entreprise de notre temps... mais il n'a pas inventé la perliculture."

Selon John Saltmarsh, Mikimoto a sans doute œuvré plus que quiconque à bâtir l'industrie perlière, mais il n'a pas découvert le secret de la perle.

"En 1907, deux autres Japonais déposent, indépendamment l'un de l'autre, un brevet concernant la production d'une perle sphérique dans une huître perlière. Le premier, M. T. Mise, était charpentier dans un village; le second, le Dr Nishikawa, était diplômé ès-sciences. L'un vivait sur l'île septentrionale du Japon, l'autre sur son île méridionale."

La coïncidence est déjà étrange, car les deux hommes ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrés. Pourtant, à une semaine d'intervalle, tous deux déposent une demande de brevet relative à la production de perles de culture sphériques. Dans les deux cas, la méthode est la même.

Selon John Saltmarsh, c'est Mikimoto qui, par la suite, rend le procédé célèbre, mais le brevet ayant trait aux principes et à la méthode fut attribué au Dr Nishikawa, qui en partagea la propriété avec M. Mise.

Comment le Dr Nishikawa et M. Mise découvrirent-ils le secret de la fabrication des perles ? La réponse nous emmène en Australie.

La paternité du procédé revient à l'Australie

La fin des années 1800 en Australie du Nord est marquée par la présence de la grande flottille perlière japonaise, la flottille de la mer d'Arafura. D'après John Saltmarsh, ce sont parfois plus de 400 bateaux japonais qui exploitent les eaux du détroit de Torres, avec jusqu'à 2 000 Japonais installés à Thursday Island.

La nacre est une marchandise de grande valeur sur les marchés mondiaux dominés par les Japonais.

"L'intendant pour les pêches du Queensland est à l'époque William Saville Kent", raconte John Saltmarsh. "Les perles le fascinent. Il étudie la méthode de culture de demi-perles utilisée par les Chinois qui, depuis longtemps, produisent des figurines de nacre du Boudda. Dans la coquille d'une huître perlière d'eau douce, ils placent un minuscule Bouddah de cuivre sous le manteau, contre l'intérieur de la coquille, avant de le fixer par un morceau de fil ressortant par le trou percé. C'est cette même méthode qu'utilise également G. S. Streeter."

"William Saville Kent améliore le procédé en collant le nucléus contre l'intérieur de la coquille grâce à un adhésif de résine chauffé. C'est à Albany Passage, près de Thursday Island, qu'il établit la première exploitation de perles cultivées d'Australie. Ses demi-perles atteignent un prix élevé et il expérimente pendant des années avec les perles rondes. En 1890, il produit avec succès une perle de culture vraiment sphérique."

Il ne réalise sans doute pas la valeur du fruit de ses efforts, car il fait part de sa méthode à quiconque semble intéressé. Il promet d'en publier la description, entrevoyant peut-être quelques perspectives commerciales mais sans jamais le faire. À sa mort, en 1906, la ferme d'Albany est vendue, sa méthode et son procédé technique aussi.

Le Dr Alvin Seale rapporte en juillet 1910, dans le Journal of Science, que l'Australien qui a acheté la ferme expérimentale de William Saville Kent a réussi à cultiver des perles sphériques selon la méthode acquise avec l'exploitation. "Mais ce monsieur a dû cesser de s'y intéresser car on n'entend plus parler de la ferme d'Albany", précise John Saltmarsh.

Mais revenons au Dr Nishikawa et à M. Mise : ils ont eu un petit quelque chose en commun. Tant le beau-père de M. Mise qui vivait avec lui que le Dr Nishikawa étaient employés par la flottille perlière de la mer d'Arafura à Thursday Island, à l'époque où William Saville Kent n'avait de cesse que de parler de sa méthode de culture de perles rondes.

En 1968, Joan Young Dickinson est la première à rendre publique cette incroyable coïncidence. Dans son ouvrage The Book of Pearls, elle écrit : "Il semble que, vers la fin du XIXe siècle ou au début du XXe, un producteur d'huîtres australien méconnu découvre la bonne méthode... et transmet son secret sans le vouloir à deux jeunes et brillants Japonais".

Les perles des mers du Sud élevées en Australie occupent le premier rang d'un marché juteux et très spécialisé; il est donc bon de savoir que c'est un Australien qui est à l'origine du procédé de fabrication.

Bibliographie

Les paragraphes sur la production et l'historique de l'industrie perlière en Australie sont extraits d'une communication de David (Dos) O'Sullivan, Rick Scoones, Derek Cropp et Owen Bunter, intitulée "The Old and the New of Australian Pearl Production", présentée lors de la conférence World Aquaculture '98 qui s'est tenue à Las Vegas, aux États-Unis d'Amérique, du 15 au 19 février 1998.

Secrétariat général de la Communauté du Pacifique

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