Au printemps 2006, je décide de commencer à chercher une bague de fiançailles pour ma petite amie. Elle aime les tons plutôt sombres, elle a des goûts différents du "classique", je commence donc à chercher du côté des métaux précieux noirs. Je ne trouve évidemment pas grand chose, mais quand je me mets à chercher du côté des pierres précieuses, une multitude de possibilités s'offre à moi. Un diamant noir est la première pierre que j'envisage, mais plus j'étudie les diamants, plus je me prends à penser que les diamants noirs n'ont finalement pas grand chose de précieux ou unique. Au contraire, les diamants semblent atteindre des prix très élevés tout simplement parce que le public a été conditionné pour accepter de tels prix.

Alors que je continue ma recherche, je tombe sur ce qu'on appelle les "perles noires". Elles m'attirent pour de nombreuses raisons : tout d'abord parce que j'ai découvert qu'elles pouvaient avoir de nombreuses nuances. Ces nuances ne rendent pas seulement les perles intéressantes, mais elles m'impressionnent aussi par le fait que chacune est unique, ce qui rend chaque perle précieuse aux yeux de son propriétaire. De plus, les perles sont relativement peu chères comparées aux diamants : pour le prix d'un diamant de taille moyenne, je peux offrir une perle vraiment exceptionnelle.

En creusant un peu plus le sujet, je découvre qu'une perle naturelle a plus de chances de mieux résister à l'usage, une bague de fiançailles étant appelée à être portée au quotidien. Je commence donc à rechercher une perle noire naturelle qui serait la pièce maîtresse de cette bague, entre 6 et 10mm. La première perle que je trouve est une perle keshi presque ronde, du Golfe de Californie (Mer de Cortez, probablement produite par Pteria sterna, ndlr). Le temps que j'entre en contact avec le vendeur, la perle est déjà aux mains d'un autre acquéreur. Il me faudra presque un mois pour trouver une nouvelle perle noire naturelle à vendre.

A force de chercher, je suis finalement renvoyé vers un vendeur de perles naturelles. Celui-ci m'annonce qu'il possède une perle du Mexique de 2,5 carats, 7mm, ronde, noire et naturelle. Il demande 1600$ pour la perle. Malheureusement, il n'a aucune photo de la perle, pas de certificat d'authenticité ou même d'évaluation. Je lui demande donc s'il a des contacts à New York à qui il pourrait envoyer la perle, afin de la voir de mes propres yeux. A ma grande surprise, il offre de m'envoyer directement la perle, sans garantie. Je trouve cela un peu suspicieux, mais je suis assuré par différentes personnes que cela est une pratique relativement courante. Quand je reçois la perle, je la trouve de très bonne qualité, mis à part deux très légers défauts d'un côté. La perle est beaucoup plus ronde que la perle keshi que j'avais pu voir précédemment, et le reflet principal de cette perle est vert, contre rouge pour la précédente. Je propose 1400$ au vendeur à la condition que je fasse certifier la perle.

Depuis le début, je sais que le vendeur a une très bonne réputation, mais je souhaite être certain à 100% que je suis bien en présence d'une perle naturelle noire. Je vérifie la perle sous une lumière noire : les perles du Golfe de Californie réfléchissent une teinte rouge sous ce type de lumière. Ce test confirme l'origine de la perle : le Golfe de Californie.

Je recherche alors un expert qui puisse examiner la perle. Neil Landman, conservateur de l'exposition sur les perles naturelles du Muséum Américain d'Histoire Naturelle (American Museum of Natural History, AMNH) et auteur du livre Pearls: A Natural History, me dirige vers un commissaire-priseur qui lui-même me met en contact avec un expert. Cet expert n'y connaît malheureusement pas grand chose, et lorsque je lui dit que la perle est de Basse-Californie, il m'assure que la perle est certainement une perle d'eau douce puisque les perles des Etats-Unis sont toutes des perles d'eau douce...

La personne suivante avec laquelle j'entre en contact est Gina Latendresse, de American Pearl Company dans le Tennessee. Elle me dit qu'elle peut analyser la perle, mais qu'elle ne sera pas à New York avant le printemps 2007. Elle m'apprend également que American Pearl Company achète parfois des perles à mon fournisseur, et qu'ils font alors expertiser et identifier les perles par le GIA (Gemological Institute of America) ou par l'AGTA (American Gem Trade Association) à New York.

Les laboratoires se situent tous à peu près dans le même quartier : GIA, IGI (International Gemological Institute), EGL (European Gemological Laboratory) et AGTA. EGL et le GIA sont moins chers que les deux autres. EGL et AGTA sont plus rapides. La réputation de tous ces laboratoires semble être à peu près la même, bien que Sotheby's n'accepte que les certificats du GIA pour les perles naturelles. Je me dirige donc vers EGL, pour un service rapide et moins cher.

En arrivant à EGL, je demande comment se fait l'analyse, sur quels critères celle-ci est basée, et s'ils fournissent une copie de la radiographie de la perle avec le rapport. Donna Beaton, gemmologue au EGL m'explique qu'ils ne fournissent pas de copie de la radiographie, mais m'assure que l'identification de la perle (naturelle ou de culture) se fait très facilement à partir de la radiographie. Tous les laboratoires m'annoncent la même chose, je laisse donc la perle à EGL.

Une semaine plus tard, le certificat arrive dans ma boîte à lettres : la perle est une perle de culture ! J'appelle donc EGL, et je leur demande s'ils sont sûrs de leurs conclusions. Ils me disent qu'ils sont absolument certains. Quand je retourne chercher la perle, je demande à voir le gemmologue qui s'est occupé de l'analyse. Je lui dis que la perle m'a été fournie par un vendeur digne de confiance, et le gemmologue m'assure à nouveau que la perle est bien une perle de culture d'après leurs analyses. Je rentre donc chez moi, et je contacte mon vendeur.

Celui-ci me dit qu'il est très surpris du résultat, qu'il a obtenu cette perle d'un perliculteur auquel il fait une absolue confiance. Il me demande de lui renvoyer la perle pour qu'il s'assure de sa nature. Je ne veux pas abandonner, et lui propose donc de me la laisser encore un moment, afin de la faire expertiser par un autre laboratoire : si la perle s'avère être une perle de culture, alors mon vendeur paiera pour ce second examen ; si la perle s'avère être une perle naturelle, je paierai pour l'examen.

Je n'ai malheureusement pas pu laisser la perle au GIA, qui réclame un délai d'un mois pour l'examen : cela me laissait trop peu de temps avant le moment où je souhaitais demander ma petite amie en mariage.

J'envoye donc ma perle au AGTA, mais auparavant, je la fait scanner par mon dentiste. On peut clairement voir sur la radio du dentiste une couche distincte, à environ 1 ou 2mm de la surface, et des cercles concentriques sur toute la coupe. Les cerles concentriques suggèrent une perle naturelle, alors que la couche plus sombre laisse plutôt penser que la perle est une perle de culture.

perle aux rayons X

Le certificat de l'AGTA m'est finalement envoyé ; il indique que la perle est une perle naturelle d'eau salé, de couleur naturellement noire. je retourne alors au EGL muni de mon certificat AGTA, pour leur dire que j'ai reçu un rapport en désaccord avec le leur. Donna Beaton me montre un article sur les perles de culture du Mexique, probablement dans le but de me prouver que la perle est bien une perle de culture. L'article est écrit par le responsable du laboratoire de l'AGTA, le docteur Lore Kiefert, qui semble être connaisseur des perles du Mexique. Quand je montre le certificat de l'AGTA à Donna Beaton, elle me dit qu'elle travaillait auparavant pour l'AGTA, et qu'elle connait personnellement Lore Kiefert. Elle l'appelle donc, se fait transmettre uen copie de la radiographie de l'AGTA, et décide finalement de changer son certificat, et d'expertiser ma perle comme "perle naturelle" plutôt que "perle de culture". EGL me rembourse et me fournit également une copie de la radiographie.

De retour au AGTA, je demande à voir la fameuse radiographie. Ils ne me laissent pas en conserver une copie, mais je peux observer tous les points qui prouvent que la perle est bien une perle naturelle. Le docteur Kiefert m'explique en détails ces points. Le trait plus sombre sur la radiographie n'est qu'une couche de conchionline.

Bague de fiançailles en perle naturelle et platine

Satisfait des explications reçues, je paie mon fournisseur et me rends chez mon bijoutier. Celui-ci perce alos ma perle, et à ma grande surprise, celle-ci présente un coeur blanc, typique d'une perle de culture nucléée. Je rapporte alos ma perle au AGTA, et Lore Kiefert inspecte le trou perçé dans la perle. Une fois nettoyé, il apparaît que c'est la poudre produite au perçage qui rendait blanche la surface du trou ; il est facile de voir l'épaisseur de conchioline, 1 ou 2mm sous la surface, et les couches concentriques de nacre jusqu'au centre.

Je suis enfin persuadé que ma perle est bien une perle naturelle.

La perle est montée sur un anneau en platine, sur lequel sont sertis deux diamants de 0,085 carats.

Bague de fiançailles en platine et perle naturelle

La bague dans son écrin

K. Petrowski

bague platine diamants et perle naturelle

Bague platine, diamants et perle naturelle du Golfe de Californie

K. Petrowski

La perle naturelle avant d'être montée. Notez les reflets, très différents des autres photos. Suivant l'environnement, la perle prend des reflets très changeants, allant du vert / doré au bleu sombre.

K. Petrowski

Radiographie du laboratoire EGL. On observe très distinctement la couche de conchioline à 2mm de la surface, mais on n'observe pas sur cette radiographie les couches concentriques à l'intérieur de la perle. C'est sans doute ce qui a induit en erreur les experts de l'EGL.

K. Petrowski

D'après l'histoire originale de Kyle Petrowski

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