Je pensais ne pas avoir de mal à découvrir la signification du terme Pinctada, mais je m’étais trompée. En désespoir de cause, j’ai téléphoné au directeur du département des langues classiques à l’Université d’Hawaï qui m’a expliqué que ce mot n’était ni du latin, ni du grec, et certainement pas du français; selon lui, c’était un mot fabriqué de toutes pièces.

Quand je lui ai dit qu’il avait été utilisé pour la première fois par Roeding en 1798 pour désigner une espèce, il a été surpris. J’en ai également parlé au professeur de langues modernes, qui n’a pas non plus trouvé de sens à ce mot. Je n’ai aucune idée de la façon dont Roeding l’a utilisé. Dans la dixième édition de son Systema Naturae, publié en 1758, Linné donne au genre l’appellation Mytilus et à l’espèce celui de Margaritifera, comme l’a expliqué Neil Sims.

Dans la treizième édition du Systema Naturae, Gmelin utilise également Mytilus margaritifera. Il donne davantage de références, mais lui, à l’instar de Roeding, ne fait qu’utiliser le mot sans donner plus d’explications. Voir à ce propos Gmelin et Roeding (ou Röding).

Comme le sujet semble vous intéresser au plus haut point, je vous propose d’obtenir une copie de l’article de Ranson de 1961. Il est d’une lecture agréable et déborde d’informations; il est rédigé en français. Tout ce que je peux dire, c’est que les sources autorisées que j’ai consultées, notamment les divers professeurs de langues à l’université, ne pensent pas que Pinctada soit un mot naturel, ni qu’il puisse signifier bivalve. Nos divers dictionnaires de latin, grec, français, allemand et espagnol ne donnent que le terme Pinna comme équivalent de bivalve.

Par contre, le terme margaritifera se rapporte bien aux perles et à la formation de perles. Vous remarquerez que, sous la rubrique Pinctada, Roeding parle de Perlmutter, ce qui signifie nacre en allemand. D’ailleurs, le dictionnaire allemand que nous avons consulté donne de nombreux mots composés avec Perl, notamment Perl muschel et Perlmutter.

Peut-être Röding essayait-il d’expliquer que Pinctada margaritifera était une nacre (les perles produites par cette huître étaient rares, en ce temps-là comme aujourd’hui, et la nacre était même plus impressionnante que les perles qu’elle produisait. Si Röding avait connu la superbe Pinctada maxima australienne, il en aurait été tout aussi ravi que nous le sommes aujourd’hui.)

J’espère que ce résumé plutôt confus de mes deux dernières semaines de recherche sur le terme Pinctada saura vous satisfaire. Je me suis bien amusée et j’ai appris beaucoup de choses.

A propos, j’ai vérifié ce que Henry Dodge, dans son ouvrage en sept volumes sur les gastéropodes intitulé A Historical Review of the Mollusks of Linnaeus, avait à dire en général sur la treizième édition de Systema Naturae de Gmelin, ou sur Röding, et quoique le livre ne porte pas sur les bivalves, il est intéressant car il contient le genre d’observations que j’espérais y trouver.

Henry Dodge n’était pas toujours d’accord avec Gmelin, et pensait que son ouvrage était quelque peu confus, pas seulement pour une espèce, mais pour plusieurs. Il est dommage qu’il n’ait pas fait cette sorte d’analyse pour les bivalves. La série est incomplète parce que l’auteur a perdu la vue : elle ne comporte que sept tomes publiés par le Bulletin of American Museum of Natural History dans les années 1950. Je pense que la liste qui figure dans l’article de Ranson est ce que nous trouvons de plus précis.

Vous pouvez constater à la lecture de l’article de Ranson qu’il a essayé de situer avec une grande minutie la documentation et les spécimens d’huîtres perlières. Il cite notamment P. fucata, P. fucata martensi, P. radiata, etc. Mais il place P. galtstoffi sous P. margaritifera, alors que Shirai soutient qu’il s’agit d’une espèce distincte. Dans son nouveau manuel d’identification, Shirai place P. radiata, P. fucata et P. fucata martensi sous imbricata sans donner de raison pour ce regroupement.

L’huître perlière — Bulletin de la CPS n°8 Septembre 1995

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