Espèces et fermes perlières

Plusieurs espèces font l’objet d’un élevage, bien que la majorité de la production provienne de l’huître perlière à lèvres argentées ou à lèvres dorées (Pinctada maxima). L’huître perlière de Shark Bay (P. albina albina) est cultivée en quantités limitées et produit de petites perles. Parmi les autres espèces, citons l’huître perlière à lèvres noires (P. margaritifera) et l’huître à ailes noires (Pteria penguin).

La majorité des perles proviennent toujours du nord-ouest de l’Australie occidentale, qui compte actuellement 13 sociétés. Au cours des deux à trois dernières années, l’activité a quelque peu repris dans le Territoire du Nord, où six nouveaux permis ont été octroyés, et dans le Queensland, où douze nouvelles fermes perlières ont obtenu un permis.

Méthodes d’élevage

La collecte des huîtres (que les professionnels appellent “nacres”) est effectuée par des plongeurs, principalement le long de la zone dite Eighty Mile Beach, dans le nord-ouest de l’Australie occidentale. Il existe d’autres zones de collecte dans le Territoire du Nord et dans le Queensland.

Comme les stocks sont limités, chaque société se voit accorder un quota de nacres qu’elle peut pêcher en saison, soit entre mars et septembre. Parfois, six plongeurs sont remorqués sous l’eau derrière chaque bateau; ils peuvent effectuer jusqu’à dix plongées par jour. L’utilisation d’un narguilé procure une grande mobilité aux plongeurs et leur permet d’atteindre un taux de prises élevé tout en réduisant les risques.

Les nacres recueillies sont nettoyées, calibrées et placées dans des filets spéciaux à compartiments. Ces filets sont utilisés dans presque toutes les fermes perlières du monde; ils comportent de six à huit compartiments pouvant recevoir une nacre. Ils peuvent être fabriqués en fils de polypropylène tressés ou en mailles de plastique extrudé et sont entourés d’un cadre en acier inoxydable ou gainé de plastique.

Les filets contenant les nacres sont accrochés à un cordage fixé au fond de l’eau. Comme la majorité des sociétés opèrent à présent les nacres sur les lieux de collecte avant de les transporter dans les bassins de grossissement, les nacres peuvent rester accrochées aux cordages pendant quelques semaines, jusqu’à ce que le greffage soit effectué.

Lorsque le greffage est terminé, les nacres sont placées dans les filets à compartiments et accrochées de nouveau aux cordages. Elles peuvent y rester jusqu’à trois mois.

Pendant ce temps, elles sont périodiquement tournées par des plongeurs, afin que l’épithélium (le sac perlier) se forme régulièrement autour du nucléus.

L’huître dépose de la nacre sur le nucléus pendant toute la durée du développement de la perle, qui prend environ deux ans.

Lorsque cette phase est terminée, les filets sont récupérés et transportés par bateau, dans des réservoirs remplis d’eau de mer, jusqu’aux bassins de grossissement. Pendant le transport, l’eau est changée fréquemment, afin de diminuer le stress que subissent les nacres. Ce transfert se fait habituellement avant le début de la saison des pluies (décembre) afin de profiter des meilleures conditions de croissance.

La méthode japonaise traditionnelle de perliculture qui fait appel à des radeaux n’est plus utilisée. Il paraît préférable de déposer les huîtres perlières près du fond ou sur celui-ci, où elles sont moins exposées aux cyclones.

Les filets peuvent être accrochés à des poteaux individuels ou à des “palissades” faites de rangées de piquets entre lesquels sont suspendues des lignes. Cette technique d’élevage sur le fond exige que des plongeurs fassent le travail de routine tel que le nettoyage des nacres et l’entretien du matériel d’élevage.

Depuis quelques années, les perliculteurs préfèrent souvent garder les huîtres dans des filets accrochés à des cordages. Ils peuvent ainsi exploiter des zones où la plongée n’est pas possible (par exemple en raison de la présence de crocodiles ou de courants violents) ou des endroits où le fond marin ne convient pas à la croissance des huîtres perlières.

Les deux techniques d’élevage ont leurs avantages. L’élevage en surface est moins coûteux, mais exige des emplacements relativement bien protégés. L’élevage au fond permet d’exploiter des endroits plus exposés mais mieux situés, bien que les frais d’exploitation soient plus élevés en raison de l’obligation de recourir à des plongeurs.

Au cours de la période d’élevage de deux ans, les nacres sont nettoyées régulièrement, soit sous l’eau par des plongeurs, soit à la surface au moyen de machines à laver à haute pression sur des navires de desserte. L’expérience a montré que plus les nacres sont propres, plus la croissance des perles est rapide.

Les nacres sont radiographiées environ six mois après le greffage afin de vérifier la présence de perles. Les nacres contenant des perles sont replacées dans leurs filets dans l’eau, tandis que celles dont le nucléus a été rejeté sont conservées pour un nouveau greffage l’année suivante.

Certaines nacres produisent jusqu’à quatre perles rondes avant d’être jugées inaptes à la sécrétion d’autres perles.

Problèmes rencontrés

La forte mortalité imputable à l’infection par le Vibrio, qui se produisait lors du transfert des nacres des lieux de pêche jusqu’aux fermes perlières a été presque éliminée grâce à l’amélioration des techniques de manutention.

Le secteur est contrôlé conjointement par les pouvoirs publics fédéraux et des États, ce qui a ralenti la modification ou l’actualisation des règlements. Son développement est entravé en outre par son morcellement et par l’insuffisance des activités de recherche. Parmi les mesures positives, citons la création d’une association des producteurs de perles et la réalisation d’une étude sur la perliculture en Australie occidentale qui a abouti à un éventail de recommandations pour le développement futur.

L’évolution du secteur a également été freinée par des productions de naissain erratiques, qui se sont traduites par un système de contingentement de la collecte de nacres. Les premiers travaux entrepris par le ministère des pêches de l’Australie occidentale pour produire du naissain d’huîtres perlières en écloserie ont été élargis grâce à la création de trois écloseries privées (2 en Australie occidentale et 1 dans le Territoire du Nord). Jusqu’à présent, leur succès était mitigé, mais les niveaux de production sont en voie d’amélioration.

On ignore encore quel effet aura l’augmentation de la production perlière qui suivra l’arrivée des nacres supplémentaires produites en écloserie. Certains analystes du marché s’attendent à voir les prix chuter, ce qui pourrait causer des difficultés en raison des frais d’exploitation et des investissements relativement élevés qu’implique la perliculture.

D’autres laissent entendre que l’amélioration de la qualité du produit et la régularité de l’approvisionnement que pourront assurer les perliculteurs australiens provoqueront une expansion du marché mondial de la perle ou le remplacement de la production de certains concurrents d’autres pays. Les deux moyens qui permettent d’augmenter la valeur de la production sont les exportations à valeur ajoutée (c’est-à-dire les bijoux finis plutôt que les perles brutes) et une expansion du marché intérieur.

Production et valeur

La majorité de la production perlière australienne provient d’Australie occidentale; en 1990-1991, on l’estimait à 126,2 millions de dollars australiens (voir le tableau ci-dessous), ce qui représente, malgré la baisse du prix des perles, une augmentation de 32 millions de dollars australiens par rapport à la valeur de 1989-1991. Aucun chiffre officiel n’est disponible, mais la valeur de la production dans le Territoire du Nord et au Queensland semble s’élever à 50 à 60 millions de dollars australiens environ.

Evaluation de la production aquacole australienne d'huîtres comestibles et d'huîtres perlières en 1990-1991

Porduction en Australie

Source: renseignements fournis par les ministères et par les secteurs de la pêche et de l'agriculture des Etats et territoires

Les perles australiennes sont exportées essentiellement vers le Japon, où leur valeur marchande représente environ 30% du marché.

Les demi-perles sont commercialisées séparément des perles rondes et peuvent rapporter entre 5 et 17 dollars australiens. Un petit nombre de demiperles sont conservées pour la fabrication de bijoux en Australie. Lorsqu’elles se présentent sous forme de perles fines travaillées, les demi-perles se vendent environ 50 dollars australiens la pièce.

Les nacres qui n’ont pas été utilisées pour les demiperles sont vendues au poids. A la fin des années 1980, la nacre était un produit fort recherché, particulièrement en Asie et en Europe, et se vendait jusqu’à 10.000 dollars australiens la tonne.

Par suite d’une offre excessive, les prix ont été ramenés à 2.000 à 4.000 dollars australiens la tonne environ; un certain nombre d’exploitants stockent la nacre en attendant que les prix remontent. Il existe en Australie une petite production de bijoux et d’articles décoratifs en nacre, tandis que certaines sculptures sont réimportées d’Asie.

La chair du muscle adducteur est fort appréciée dans certains pays d’Asie et se vendait jusqu’à 80 dollars australiens le kg en 1988. A l’heure actuelle, la production est faible.

Perspectives

La production perlière d’Australie occidentale, du Territoire du Nord et du Queensland devrait continuer à s’accroître par rapport à 1991 et 1992, et atteindre 200 millions de dollars australiens par an. Les perspectives sur le marché sont quelque peu incertaines en raison de la concurrence de pays étrangers (particulièrement l’Indonésie), mais l’industrie perlière australienne a de beaux jours devant elle en raison de l’importance qu’elle accorde à la qualité des perles et à la régularité de l’approvisionnement.

Extrait d’un article de David “DOS” O’Sullivan, publié dans World Aquaculture Magazine, juin 1993, volume 24 (2), pages 38 à 42.

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