Évolution de la production

Avant guerre, des perles noires de culture sont produites par P. margaritifera aux îles Ryukyu, près d'Okinawa, à Palau et aux Îles Marshall. Mais les volumes récoltés ne se prêtent pas à une commercialisation internationale tous azimuts. Ce sont les premiers essais conduits en 1961 par un spécialiste japonais, dans le cadre d'un projet parrainé par l'administration du territoire de Polynésie française, qui donnent à ces opérations leur dimension mondiale. Quatre ans plus tard, le premier millier de perles noires sont récoltées… et l'exploitation privée de parcs à huîtres est encouragée.

progression du volume et de la valeur des exportations de perles noires de Tahiti

L'année suivante, en 1966, la première ferme perlière privée s'installe à Manihi, dans l'atoll des Tuamotu. C'est en 1972 que des perles de culture tahitiennes sont exportées officiellement pour la première fois. Rien de gigantesque : 1, 5 kg, rapportant à peine 3 663 dollars É.-U. Le volume des exportations atteint 37 kan (138,8 kg) en 1983, et représente 5 millions. L'industrie passe à la vitesse supérieure.

En 1992, les exportations dépassent pour la première fois la tonne, avec 285 kan (1 069 kg) et 43, 5 millions de dollars. Quatre ans plus tard à peine, les cinq tonnes sont dépassées (1 360 kan ou 5 099 kg); elles rapportent 152,4 millions. Les Îles Cook, deuxième producteur, produisent la même année 53 kan (200 kg), d'une valeur à peine inférieure à 4 millions de dollars.

À partir de 1994, les quantités qui empruntent le chemin de l'étranger progressent de façon impressionnante. Le plus gros volume de perles jamais exporté l'est en 1996 (5,4 tonnes) et celui exporté en 1997 représente la plus grosse valeur en francs CFP (14, 6 milliards CFP), mais en dollars, un peu moins que les exportations de 1996 (155 millions de dollars contre 138 millions) en raison des fluctuations de change.

valeur des exportations de perles Akoya et des perles des mers du Sud

Au cours du premier trimestre de 1998, les exportations ont augmenté de 12, 5 pour cent par rapport à la même période de l'année précédente, leur valeur de 36 pour cent et le prix moyen au gramme de 22 pour cent. Que le lecteur prenne bonne note.

Quelques informations

La Polynésie française produit environ 93 à 95 pour cent des P. margaritifera. cultivées dans monde entier. Une vaste étendue est concernée dans ce pays, sur plus de 2300 km. Plus de 40 fermes y travaillent à la perliculture mais une société domine avec plus de la moitié de la production annuelle, alors que quatre autres en assurent 35 pour cent.

Les perles de Tahiti voient leur taille osciller de 7 à 14 mm (le nombre de perles d'un diamètre supérieur reste limité), la moyenne étant de 10 mm. La durée de culture ou d'élevage varie considérablement. Les éleveurs produisant les perles les plus petites (moins de 10 mm) limitent habituellement cette période à 12 à 14 mois. Quant aux plus grosses perles, elles restent souvent dans leur coquille pendant deux ans. La brièveté de culture des perles de Polynésie française n'est pas un inconvénient, car leur couche externe est relativement épaisse et saine.

Collecte du naissain

La période de ponte la plus active correspond aux mois les plus chauds (d'octobre-novembre à mars-avril en Polynésie française) où le naissain flottant en eau libre se dépose sur les collecteurs et entame sa croissance. Ces huîtres juvéniles restent sur ces collecteurs pendant une année entière au moins, jusqu'à ce qu'elles atteignent environ 4 à 5 cm. Certains éleveurs préfèrent toutefois les y laisser jusqu'à un an et demi (elles atteignent alors 7 à 9 cm), ou même plus longtemps (11 à 14 cm). Elles sont alors suffisamment grosses pour subir la greffe.

Avec une palangre de 200 m dotée de 500 à 800 collecteurs, un exploitant peut espérer récolter environ 15 000 à 20 000 jeunes huîtres au bout d'un an. Dans des cas très exceptionnels, ce chiffre peut atteindre 30 000 bivalves. Le commerce des huîtres de toute taille est très porteur. Les juvéniles valent environ 20 CFP pièce à un an (entre 4 et 5 cm) et 50 à 80 CFP à 18 mois (7 à 9 cm); les huîtres de plus grosse taille, prêtes à être opérées, valent 150 CFP environ. En six mois, certaines familles gagnent 100 000 dollars environ. La collecte de naissain occupe plus de familles que la culture de perles.

La production de perles noires était autrefois une occupation familiale, en bordure d'un lagon endormi. Aujourd'hui, la plupart des perles sont le fruit des efforts d'une poignée d'entreprises ayant recours à des techniques et installations étrangères perfectionnées. La ferme de grand-papa est une espèce en voie de disparition. L'exploitation à grande échelle met en jeu d'énormes capitaux. Un investissement de départ peut nécessiter quelques millions de dollars pour acquérir le matériel le plus récent, engager des spécialistes, et attendre pendant quatre années le moment de la première récolte.

Grandes fermes, gros problèmes

La production à grande échelle peut forcer le petit exploitant, moins performant, à mettre la clef sous la porte, mais les grandes entreprises connaissent elles aussi certaines difficultés. Les huîtres nécessitent une attention de tout moment et trouver du personnel compétent est un casse-tête permanent. Les plongeurs sont toujours très demandés, les plus grandes exploitations en employant 20 ou même plus. Les spécialistes du nettoyage et de la radiographie sont eux aussi recherchés. Mais la paie mensuelle de 1 500 dollars E.-U. environ ne suffit pas vraiment à attirer des candidats pour ces travaux difficiles et parfois dangereux.

Les grandes fermes font désormais appel à titre expérimental à des greffeurs chinois, avec un certain succès. Ce choix économique décisif risque de marquer la fin des spécialistes japonais à Tahiti. Un greffeur chinois accepte un salaire de 1 000 dollars par mois–une grosse somme dans le contexte de son pays–alors qu'un spécialiste japonais demande 20 fois plus. La qualité du travail nippon est sans doute supérieure dans l'ensemble, mais les spécialistes chinois font des progrès très rapides.

Nuclei enrobés

La greffe du nucleus cause souvent une infection qui peut conduire l'huître à rejeter le nucleus et à mourir. Les progrès de la biotechnologie japonaise permettent d'enrober le nucleus d'une poudre antibiotique. Les grandes fermes achètent désormais couramment des nuclei auprès de trois fournisseurs japonais, qui colorent leurs nuclei de façon personnalisée : jaune, rose ou rouge. Là aussi, Robert Wan fit œuvre de pionnier : il utilise ce type de nucleus depuis dix ans. Aujourd'hui, tous les grands producteurs lui ont emboîté le pas. Avec les nuclei normaux, sans enrobage antibiotique, le taux de rétention était d'environ 50 à 60 pour cent. Grâce aux nouveaux nuclei, cette fourchette est passée à 70 à 80 pour cent.

Stratégies commerciales

La Polynésie française a adopté une démarche très volontariste pour la commercialisation de ses perles. Conscient de l'effet de l'augmentation de la production sur les prix, le GIE Perles de Tahiti a lancé une campagne exceptionnelle qui laisse espérer de beaux jours pour le secteur perlier.

La méthode d'attaque du GIE est globale; il semble omniprésent dans le monde de la joaillerie, dans les expositions commerciales et les encarts publicitaires, relevant quelles sont les personnalités qui portent des perles noires, encourageant les créateurs à travailler la perle, et même exhortant les pays à baisser leurs barrières tarifaires, en faveur des perles noires importées.

L'initiateur de tous ces efforts, Martin Coeroli, directeur général, était, avant d'assumer ses fonctions actuelles, un des plus grands chercheurs de son pays, spécialiste de la perle. Ainsi, il connaît le secteur d'amont en aval. Perles de Tahiti News, un bimestriel élégant diffusé dans le monde, est l'organe principal qui l'aide à répandre la bonne nouvelle. Les étrangers applaudissent à la franchise et à la sincérité des Tahitiens qui divulguent leurs chiffres de production, et d'aucuns souhaitent que les autres pays producteurs puissent être aussi honnêtes et prompts à diffuser leurs chiffres de récolte et de vente de perles.

Une tentative parfaitement conçue d'ouverture des marchés du Mexique et d'Amérique latine est en cours, sous la supervision de Martin Coeroli, qui poursuit également ses efforts aux États-Unis et en Europe, en réaction sans nul doute à la baisse de la demande des pays asiatiques durement touchés par la crise économique.

Extrait de : Pearl World, The International Pearling Journal — août/septembre 1998, volume 6, n° 3

Secrétariat Général de la Communauté du Pacifique

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