Ce n'est (plus) un secret pour personne, la perliculture en Polynésie française traverse ces temps-ci la crise la plus sérieuse de sa jeune histoire. Pour les uns, c'est la résultante d'une croissance trop rapide et mal maîtrisée. Toutefois, une majorité d'avis s'accorde pour considérer que cette crise est avant tout le fruit d'un manque certain de probité professionnelle chez certains, doublé d'une absence d'esprit de solidarité dans un secteur d'activité pourtant essentiel à la bonne santé de notre économie, le tout combiné à une apathie déconcertante de la part du ministère de la Perliculture depuis plusieurs mois.

C'est dans ce contexte pour le moins agité que la profession a pris connaissance avec une attention toute particulière du contenu de l'interview du ministre M. Teva Huioutu-Hapaitahaa, parue dans Les Nouvelles de Tahiti le 11 août dernier. Celui-ci, par voie de presse, a fait le choix de livrer nommément à la vindicte populaire, le GIE Poe Rava Nui, son Président M. Alfred Martin, ainsi que le conseiller de ce dernier. C'est par conséquent légitimement que nous entendons exercer notre droit de réponse, pour donner notre point de vue sur les propos du ministre et pour rétablir certaines vérités.

Tout d'abord, nous sommes stupéfaits par l'indigence de ses déclarations, sa méconnaissance des impératifs de la communication promotionnelle et du marketing international, et son manque de vision globale des problèmes de la filière. En effet, alors qu'il y a le feu à la « Maison Perle de Tahiti », que l'ampleur de la crise réclame en urgence l'élaboration d'un schéma directeur englobant l'ensemble des problèmes, le ministre se contente d'annoncer quelques petites « mesurettes », qui ne seront opérationnelles au mieux qu'en 2009 et 2010, mais surtout qui sont loin de faire l'unanimité parmi les professionnels (« suspension » du DSPE ; Centrale d'achat ; Maison de la Perle). Quant à vouloir coupler la promotion du tourisme et de la perle, nous avons déjà eu l'occasion de dénoncer toute l'absurdité d'une telle mesure (nous aurons d'ailleurs l'occasion d'y revenir prochainement).

En outre, alors que l'un des problèmes majeurs actuels de la filière est, comme nous l'avons indiqué, un manque de solidarité et de coopération entre les différents acteurs concernés, vouloir, comme le fait le ministre, opposer les « petits » aux « gros » perliculteurs nous semble à la fois indigne de sa fonction ministérielle et surtout contre productif pour dégager un consensus le plus large possible, condition incontournable pour une sortie de crise rapide et durable.

En ce qui concerne le GIE Poe Rava Nui proprement dit, le ministre insinue quelques contrevérités flagrantes. A plusieurs occasions en effet, le Président Alfred Martin a fait connaître publiquement son opposition à la suppression du DSPE. De ce fait, le ministre n'est pas fondé à considérer que « qui ne dit mot consent » (sic) dans le cas d'Alfred Martin. Et pour la petite histoire, contrairement à l'affirmation du ministre, le conseiller du GIE Poe Rava Nui n'était pas présent à la présidence le 18 juillet dernier : il était à Rangiroa, à la rencontre de professionnels travaillant dans des fermes perlières et pour un échange de points de vue avec M. Philippe Cabral, l'un des meilleurs directeurs d'exploitation polynésiens et fin connaisseur des problèmes de la perliculture.

Enfin, s'agissant des aides accordées aux GIE Poe Rava Nui, le ministre semble avoir une « explication » pour le moins spécieuse et sélective. Il convient en effet de rappeler que pour essayer de contrecarrer les répercussions négatives de la baisse tendancielle des cours de la perle, particulièrement préjudiciable pour les petites exploitations de type familial dans les atolls, le GIE Poe Rava Nui s'est attaché à faire remonter les cours en décentralisant ses ventes aux enchères.

C'est ainsi que depuis février 2006, il a organisé au total 10 ventes aux enchères à l'étranger : 1 en Chine continentale et 9 à Hong Kong. Effectivement, au titre de soutien aux ventes aux enchères, le GIE Poe Rava Nui a sollicité auprès du GIE Perles de Tahiti (dans les formes prévues par les statuts en vigueur) des subventions afin de contribuer à financer les frais d'organisation importants de telles ventes à l'étranger. Le ministre a donc raison sur ce point et le GIE a bien perçu 50 millions pour l'ensemble de ces 10 ventes.

Mais ce qu'il omet (volontairement ?) de préciser c'est que sur le produit de ces ventes, le GIE Poe Rava Nui a reversé en retour la somme de 276.154.280 xcp au titre du DSPE. Les 50 millions de subventions versées ont donc rapporté directement plus de 276 millions de taxes aux finances du Pays. Si toutes les subventions accordées par le gouvernement (notamment aux diverses SEM) avaient le même rendement fiscal, le ministre du Budget serait le plus heureux des hommes !

En outre, à ces 276 millions rendus au budget il faut ajouter un chiffre d'affaire cumulé de plus de 2 milliards (2.341.466.329 xcp au total) réalisé depuis 2006 lors des 10 ventes aux enchères du GIE Poe Rava Nui à l'étranger. Somme très conséquente qui a été ensuite réparti équitablement entre tous les perliculteurs qui avaient confié leurs perles à Poe Rava Nui pour qu'il les vende, à un prix moyen au gramme de 1696 xcp, ce qui est bien supérieur aux 500 xcp évoqués par le ministre... Il convient enfin de préciser qu'en contrepartie de ce soutien financier de 5 millions par ventes à l'étranger, le GIE Poe Rava Nui communique systématiquement au GIE Perles de Tahiti tous les résultats détaillés de ses ventes, lot par lot. Ces données chiffrées constituent pour ce dernier les seuls indicateurs, précis et fiables, dont il peut disposer pour opérer à un suivi régulier de l'évolution des cours et de la demande de perles de Tahiti au plan international, tandis que les autres bénéficiaires des mêmes aides gardent par devers eux les résultats de leurs ventes.

« Taui ! ». Nos concitoyens ont jadis exprimé leur désir d'un changement profond. Changement de morale ; changement d'éthique ; changement dans la manière de faire et de se comporter au sein de notre société polynésienne. Il est clair que ce message n'était pas destiné aux seuls membres de la classe politique. Il s'adressait également, nous semble-t-il, à l'ensemble de notre corps social, comme une sorte de prise de conscience collective que notre pays avait avant tout besoin de plus de solidarité et de partage de la richesse créée par tous. Puisse cette attente forte être bien entendu aussi par toutes les composantes du secteur de la perliculture du fenua.

GIE Poe Rava Nui

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