Le prix du gramme a perdu 1 500 francs en dix ans. Il tourne aujourd’hui autour de 1 400 francs. C’est à peine suffisant pour assurer la rentabilité d’une ferme. Et en dix-huit ans, de 1990 à 2008, l’archipel est passé de 2 700 concessions à 700. Comment, aussi, ne pas s’étonner que ce cadeau de la nature, faisant de la perle noire une quasi-spécificité mondiale, soit dans un tel état de délabrement ? Les derniers chiffres 2007 de l’Institut de la statistique confirment d’ailleurs l’inquiétante tendance.

Pour Philippe Rosier, maître de recherche de l’unité Oceanis et spécialiste de la perliculture, « ce qui se passe est extrêmement grave, on est au fond du trou ! Beaucoup de perliculteurs sont endettés et, pour s’en sortir, ils vendent parfois à 400 francs le gramme des lots de qualité médiocre et réservent les plus belles perles pour des ventes à l’unité afin d’en tirer le plus de profits possible. » Les raisons de la débâcle, tout le monde ou presque les connaît. Philippe Rosier sait que « la qualité de production est médiocre, nous sommes encore à des méthodes empiriques et aléatoires, la Polynésie n’a pas encore accédé aux moyens actuels de production ». Une médiocrité liée en partie à une surproduction de perles de mauvaise qualité et bradées. Un exemple : en 1997, pour obtenir 14,7 milliards de francs à l’export, il fallait vendre cinq tonnes de perles. En 2002, pour obtenir la même somme, il a fallu en exporter plus de onze tonnes.

Raoul Hanès, dans son ouvrage Et dans cent ans ? Réflexion sur l’avenir de l’économie polynésienne, précise toutefois que « ce n’est donc pas l’abondance qui aurait fait baisser les revenus, mais le mélange : trop de mauvaises perles à des prix trop bas à côté de trop peu de bonnes perles à des prix rémunérateurs ». On aurait dû donc peut-être jouer sur la rareté en l’optimisant, en se focalisant sur le caractère exceptionnel.

Le bilan actuel du secteur semble être lié également à une absence de fédéralisme. Autrement dit, beaucoup roulent pour leur propre compte et sont livrés à eux-mêmes. Souvent, d’ailleurs, de petits perliculteurs doivent démarcher, parfois à l’étranger, pour se faire un nom et, plus largement, un réseau. Connaissant la situation, un acheteur peut, en débarquant sur une île, faire jouer la concurrence entre perliculteurs indépendants et ainsi faire chuter le prix au gramme. L’heure est donc grave car derrière le secteur de la perle se cache tout un tissu social dans les îles et les Tuamotu en particulier.

Avec un bassin d’emploi estimé à 5 000 personnes, la culture de la perle, si elle confirmait son effondrement, drainerait derrière elle une autre catastrophe... sociale celle-ci, avec un probable exode sur Tahiti et des problèmes autrement plus graves à gérer pour les dirigeants que de penser à une réelle politique de vente de la perle.

Les Nouvelles de Tahiti

Vous souhaitez réagir ou commenter les articles du Pêcheur de Perles ? Ecrivez-nous en utilisant le formulaire de contact !