Il nous faut voir les choses en face : la faillite de la perliculture polynésienne est à présent actée, tant certaines décisions récentes aberrantes (dont « on n’avait peut-être pas mesuré toutes les conséquences », dixit une représentante de l’Assemblée, proche du dossier !) ont mis à bas la crédibilité des acteurs de la filière ainsi que l’image de marque internationale prestigieuse de notre produit phare, patiemment construite par le GIE Perles de Tahiti depuis 15 ans. Pour autant, les symptômes avant-coureurs de la crise actuelle sont connus et repérés depuis la fin des années 90, sans qu’ils ne retiennent outre mesure l’attention des responsables du service de la Perliculture.

Depuis le mois de juin de cette année, plusieurs « Point de vue » de lecteurs très bien documentés ont été régulièrement publiés dans La Dépêche, mettant à l’index l’incurie d’un service public créé en 2001 pour administrer et réguler le secteur, et se devant privilégier (en principe) dans ses choix et décisions l’intérêt général du plus grand nombre, et non certains intérêts très particuliers. Pour mémoire, voici donc quelques morceaux choisis dans ces différentes prises de position publiques.

« La faillite de la perliculture fait apparaître que sous les errances d’une gestion calamiteuse du service en responsabilité du secteur, s’est développé un vaste système de collusions, des falsifications, de fraudes et autres escroquerie qui ont ruiné la filière ». (Ioane Teapiki in La Dépêche 23/10/08).

« De toute évidence, la disparition de petites entreprises perlicoles sert les intérêts pantagruéliques de quelques uns. [...] On peut s’interroger sur les raisons qui prévalent dans les choix orientés et désastreux du service de la perliculture. » (Jean Moana Tetuanui in La Dépêche 11/08/08).

« L’absence de régulation de la production a été traduite par les perliculteurs comme une manière de prospérer en augmentant le volume de greffes. On aurait ainsi associé volume de production à profits ! Pitoyable erreur qui, selon les lois de l’offre et de la demande, après une expansion vertigineuse, devait générer, par effet de surproduction, une érosion progressive des marges financières, traduite en 2003 par une crise économique majeure. Suffisamment explicites, les signaux de la déchéance auraient dû susciter une volonté forte de riposte ferme et adaptée à l’ampleur du problème. Une réponse très insuffisante sera apportée par le service de la Perliculture, sous forme de contrôles mal conçus, vite contournés, inspirateurs de fraudes et précurseurs de faillites » [...] Le service de la Perliculture, avec un manque total de lucidité a lui-même généré la perte de la perliculture.[...] En quelques mots, la stupidité de producteurs cupides, l’avidité malsaine de négociants, le manque de professionnalisme et le laxisme du service de la Perliculture, sont les fossoyeurs de toute la profession ». (in La Dépêche 25/06/08)

« Pressentie depuis 2001 par les experts, explicitée en 2003, 2005 et 2007 dans plusieurs études et rapports, régulièrement confirmée par les indicateur économique de l’ISPF, la déchéance annoncée ne pouvait être ignorée des responsables administratifs et techniques en charge des destinées de la perliculture. Pourquoi le drame économique latent a-t-il été volontairement contenu secret par le ministère et le service de la Perliculture. [...] Le service a manifestement, et depuis longtemps, perdu le contrôle de la Perliculture. Au regard de l’anarchie ambiante, de l’acharnement individualiste à vouloir profiter des failles du système et de l’incompétence des régulateurs, la reprise du contrôle de la production et des flux de perles semble particulièrement mal engagée. Des mesures drastiques, un arbitrage incorruptible seront nécessaires pour rétablir l’équité de la production et l’intégrité des échanges. La restructuration de l’intégralité du secteur est inévitable. Il est indispensable de repenser les schémas directeurs, de mettre en application des moyens de contrôle fiables, laissant pour autant aux perliculteurs des latitudes de fonctionnement dans un cadre clairement balisé ». (in La Dépêche 18/06/08).

Comme l’a dit Jean Moana Tetuanui dans son billet du 21 août, « de profondis clamavi ». Du plus profond de l’abîme, le GIE Poe Rava Nui crie : « ça suffit ! ». La situation présente est malsaine, et elle pourrait aboutir rapidement à des dissensions irrémédiables (elles ont d’ailleurs déjà commencé), voire à des scissions définitives entre groupes de producteurs. Face à l’ampleur de la crise de la perliculture, laquelle est cette fois-ci une vraie crise systémique, on ne peut plus se contenter de « mesurettes », ni d’un replâtrage à la petite semaine et encore moins de petits arrangements entre amis. J’en appelle par conséquent au bon sens de tous pour accepter l’impérieuse nécessité d’une restructuration totale, en profondeur, de la filière (à commencer par celle du service de la Perliculture) sur la base de l’intérêt général (le vrai !) et d’une répartition beaucoup plus équitable des profits entre tous les acteurs concernés. Nous ne voulons plus d’une perliculture sciemment asservie ou accaparée par quelques « puissants » influents, et dans cette perspective, je laisserais le mot de la fin au mahatma Gandhi : « Il y a assez pour satisfaire les besoins de tous, mais il n’y aura jamais assez pour satisfaire la cupidité de quelques uns ».

Alfred Martin, Président du GIE Poe Rava Nui

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