Papeete le, 23 novembre 2008

« Lettre ouverte » à M. le Président du Gouvernement

Monsieur le Président,

Votre non-réponse depuis un peu plus d'un mois à mes trois demandes pressantes de rendez-vous formulées par écrit me donne à penser que vous ne souhaitez pas me recevoir et me contraint de ce fait à vous adresser par voie de presse la présente « lettre ouverte ».

Ce n'est plus un mystère pour personne : il y a le feu à notre perliculture et le GIE Perles de Tahiti en particulier est cerné par les flammes suite à la décision inopinée de suspendre la perception du DSPE à compter du 1er octobre 2008 (date qui ne fût jamais évoquée dans les discussions exploratoires auxquelles vous faites souvent référence) jusqu'au 31 décembre 2008, le privant ce faisant de ses recettes pour les trois derniers mois de cette année et le laissant dans l'incertitude totale quant à son devenir et celui de son personnel en 2009.

Cette situation me semble suffisamment urgente et préoccupante pour que je veuille vous rencontrer en vue d'examiner avec vous ladite situation, de même que la suite que vous entendez donner à ma demande réitérée de subvention exceptionnelle d'équilibre afin de compenser le manque à gagner généré par la suspension du DSPE (décision dont « on n'aurait pas mesuré toutes les conséquences » aux dires d'une éminente représentante de votre majorité).

Je tiens à rappeler que cette suppression brutale de l'unique ressource du GIE sans avoir prévu un financement de substitution m'a contraint à déposer le bilan le 23 octobre 2008 et à obtenir l'ouverture d'un redressement judiciaire par le Tribunal Mixte de Commerce de Papeete, lors de son audience du 27 octobre 2008. Or dans le cadre de cette procédure, pour pouvoir continuer à « vivre » le GIE doit faire la preuve de deux choses au Tribunal :

  • en premier lieu, qu'il sera en mesure de payer ses dettes nées avant le 27 octobre 2008, sachant que si le DSPE n'avait pas été suspendu le GIE les aurait payées normalement et qu'il revient par conséquent au pays de compenser ce manque à gagner par la subvention d'équilibre que j'ai sollicitée ;
  • en second lieu, que le GIE a un avenir financier, ou en d'autres termes qu'il bénéficiera d'une source de financement stable et durable, afin de pourvoir continuer ses missions tant en 2009, qu'ultérieurement.

A défaut d'apporter au Tribunal ces deux démonstrations, celui-ci prononcera la liquidation judiciaire du GIE Perles de Tahiti et fera procéder au licenciement du personnel.

Dans ce cas, conformément aux statuts du GIE (Article 30), l'apurement du passif sera supporté par le Pays, qui sera ainsi parvenu, par une décision non réfléchie à devoir régler toutes les dettes (plus des agios) sans conserver le capital immatériel très important de cet outil de promotion ; à faire perdre pour longtemps toute crédibilité et confiance internationale sur nos principaux marchés acheteurs à tout organe de promotion de nos perles (puisque la mise en faillite du GIE marquera tous nos partenaires dans ces pays) ; et enfin, à préconiser l'avenir du personnel.

Ce sont là des sujets très graves que tout dirigeant responsable a le devoir d'anticiper (notamment parce qu'ils impactent directement la vie de nombreuses familles polynésiennes modestes), au lieu d'attendre d'être mis au pied du mur par une décision de justice pour commencer à chercher des solutions et à prendre des mesures qui s'imposeront en tout état de cause de toutes les façons. On résout mieux les problèmes à froid qu'à chaud.

C’est en tout cas ce que je m'emploie à faire en qualité de Président du GIE, mais sans une concertation directe et rapide avec vous, tous mes efforts resteront vains et dès lors, il vous revendra dans un, deux ou trois mois, de devoir gérer une situation de crise dont vous auriez pu aisément faire l'économie en acceptant de me recevoir. J'ai lu que vous vous posiez par presse interposée un certain nombre de questions à propos du GIE Perles de Tahiti. Le bon sens et la raison m'incitent à considérer qu'il serait plus pertinent et plus efficace de me les poser directement. Je n'attends et ne demande que ça depuis plus d'un mois.

Dans l'attente d'un rendez-vous très prochain,

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma haute considération.

Alfred MARTIN
Président du GIE Perles de Tahiti

GIE Perles de Tahiti

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