Madame,

Nous avons beaucoup apprécié votre article relatif au Tahiti Pearl Consortium, paru sur votre blog ce samedi 3 janvier 2009, cependant nous souhaitons apporter les précisions suivantes quant à la position de notre groupement sur la situation de crise que connaît la perliculture :

- Notre GIE Professionnel de Producteurs de Nacres et de Perles de Polynésie (PPNPP) représente la majorité des perliculteurs des îles : Tuamotu, Mangareva et Raromatai, soit plus de 450 micro entreprises familiales, et le gie Poe Rava Nui rassemble une cinquantaine d’autres entreprises, soit au total pour les 2 gie plus de 500 perliculteurs sur les 660 existants mais seulement 20% du Chiffre d’Affaires total;

- A l’opposé le Tahiti Pearl Consortium (TPC) rassemble 4 organisations professionnelles : le Syndicat Professionnel des Producteurs de Perles (SPPP) des gros perliculteurs (16 très grandes entreprises qui représentent 80% du CA), le gie Te Poe O Tahiti Nui (36 perliculteurs), le SPPMPF (une dizaine de micro entreprises, tous ses adhérents ayant fui en masse vers le gie PPNPP qui défend mieux leurs intérêts), et enfin le Syndicat des Exportateurs de Perles de Tahiti (SEPT) des gros négociants locaux, responsables principaux de la chute des cours de la perle au niveau local (une dizaine dont 5 majeurs).

- Le GIE PPNPP, depuis le mois d’octobre dernier, tente de sensibiliser les autorités sur la situation de crise que connaît le secteur et propose un plan de sauvetage et de régulation du secteur. Si le Haut-commissariat, la CGPME, USATP-FO, la Banque Socredo, et les représentants de tous bords de l’APF nous ont reçu et écoutés ; force est de constater que le Président du gouvernement et ses ministres concernés n’ont pas encore jugé digne de nous recevoir ; et seul l’UDSP, au travers de Messieurs Edouard Fritch et Teva Rosfritch, est intervenu en séance pour défendre les intérêts des petits perliculteurs, hélas, premières victimes de cette crise.

- Malheureusement, le lobby des grandes entreprises perlières et des grands négociants locaux, premiers responsables de la dégradation continue des cours depuis ces dernières années, cherche désespérément à préserver un système qui lui permet de faire du profit sur le dos des petits producteurs des îles jusqu'à les pousser à disparaître pour qu’au final seuls 2 ou 3 grandes entreprises survivent. C’est malheureusement le scénario qui est en cours actuellement, et que nous voulons résolument changer.

- Face à cette stratégie ultra libérale destructrice du tissu économique et social des îles, nous proposons de réguler le système de la perliculture par la mise en place de licences d’exploitations nacrières et perlières favorables au micro entreprises familiales ; car actuellement seules 5 grands groupes perliers se partagent plus de 50% des concessions maritimes, sur les 660 existantes. Nous souhaitons aussi mettre en place une commercialisation centralisée des productions de ces entreprises familiales, trop souvent victimes de la cupidité des négociants locaux, dont les marges avoisinent systématiquement les 100%.

- Le vote de la suspension du DSPE du 1er Octobre 2008 au 31 Décembre 2009 est un marché de dupes, c’est un cadeau de Noël royal fait à ceux-là même qui sont responsables de la crise actuelle, à savoir les grandes entreprises et les négociants locaux. Quant aux petits perliculteurs, ces derniers n’en tireront aucun bénéfice puisque leurs perles ont déjà été achetées dernièrement à 350 fcp le gramme, et bien sûr les négociants ne leur rembourseront jamais les 200 Fcfp/g. dont on vient de leur faire cadeau, et ne rachèteront jamais les prochaines récoltes avec 200 Fcfp/g en plus.

- Nous considérons essentiel de poursuivre les activités du gie Perles de Tahiti (PDT) dont la promotion sur les marchés étrangers a été extrêmement efficace et reconnue comme un exemple de réussite dans le monde entier. C’est pourquoi avec le gie Poe Rava Nui nous avons plaidé et gagné la poursuite de la période d’observation du gie PDT et évité jusqu'à présent sa liquidation. Malheureusement, le dernier vote de l’APF remet en cause ce succès et va peut-être conduire à la liquidation pure et simple du gie PDT et à la cession de son capital immatériel et matériel à certains intérêts particuliers.

- Nous considérons comme vous que ce lobby exerce systématiquement des pressions de toutes sortes pour parvenir à la préservation de leurs intérêts, et nous avons fait les frais à travers des campagnes de désinformation et de dénigrement éhontés à peine voilées et orchestrées par des porte-parole « bling-bling ». Il est à noter que les personnes présentes à l’assemblée ce 31 décembre étaient principalement de gros négociants locaux, de très gros perliculteurs, des personnes non représentatives du secteur, et des membres de To Tatou Aia. Autrement dit, cette exonération a profité pleinement aux gros négociants et gros perliculteurs de la place n’ayant rien à voir avec une quelconque bouffée d’oxygène réservée aux petits perliculteurs comme décrié à l’envi par le consortium. A signaler au passage, que certains d’entre eux, et non des moindres, ont d’ailleurs bénéficié récemment de subventions directes du gouvernement en pleine crise de la perle (cf. subvention de 4 MFcfp pour la porte parole bling bling (Tahiti Pearl Design) - arrêté N°1258 CM du 4 septembre 2008, et 5 MFcfp pour OREV international-arrété N°952 CM du 29 juillet 2008.

En espérant vous avoir éclairé utilement sur ce sujet, recevez chère Madame nos meilleurs vœux de bonheur en cette nouvelle année.

Le Président, Alfred Porlier

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