L'état des lieux

En matière de perliculture tout d'abord, force est de constater que la filière mise en place par l'ancien gouvernement a été développée au profit d'une toute petite poignée de gros producteurs, négociants et acheteurs intervenant sur le marché à l'export.

En effet, après une première phase de développement anarchique, pendant laquelle les concessions maritimes se sont multipliées de façon non maîtrisée dans tous les lagons exploitables, le gouvernement a imposé de façon unilatérale et sous le faux prétexte d'une surproduction, des contraintes telles que seuls les acteurs les plus résistants financièrement ont pu se maintenir.

Plusieurs experts internationaux nous ont affirmé que le problème de la mévente actuelle de la Perle de Tahiti ne se situe pas au niveau de la production, puisque la demande mondiale est encore loin d'être satisfaite.

D'ailleurs, si cette surproduction était avérée, quelqu'un peut-il m'expliquer pourquoi dans les atolls de moins de 10 producteurs comme ceux de Marutea Sud, NegoNego et Taenga, les dépassements de superficie ainsi que le nombre de stations de collectage sont autorisés de façon illimitée ? alors que pour la grande majorité des perliculteurs, le nombre de stations est limité à 50 ?

Je pense qu'il faut plutôt invoquer de mauvaises techniques de vente. Figurez-vous que le GIE Perles de Tahiti, qui est l'organisme chargé de la promotion internationale de notre produit, et qui dispose pour l'année 2004 d'un budget de 650 MF issu du DSPE (Droit Spécifique sur les Perles Exportées), n'emploie même pas un seul expert en marketing ! Malheureusement pour l'ensemble de nos petits producteurs, l'activité principale de cette structure semble se résumer à la promotion d'un gros producteur polynésien, avec des pages entières dédiées à cette seule société dans le magazine bimensuel du GIE…

Je voudrais aussi rapporter les propos recueillis auprès de plusieurs petits acheteurs étrangers lors du salon international de la bijouterie de Hong Kong organisé au mois de septembre, qui ont dénoncé la politique de discrimination adoptée par l'ancien gouvernement, en privilégiant une filière de vente constituée de quelques rares acheteurs et négociants qui ont pu facilement imposer leurs prix aux producteurs.

Par contre, au niveau local, c'est au contraire un sentiment de total abandon qui prédomine. Il n'y a aucun contrôle des réseaux de vente, ni de la qualité de la production écoulée. Les artisans n'ont aucune facilité, contrairement à ceux qui créent des bijoux.

D'ailleurs, l'emploi local n'était assurément pas la priorité du précédent ministre de la perliculture, puisque nos 50 greffeurs polynésiens en activité étaient soumis à la rude concurrence de quelques 250 greffeurs asiatiques, jugés plus endurants et productifs, mais à mon avis beaucoup moins cher payés et corvéables à merci, et ceci probablement en totale infraction avec le droit du travail.

Ajouté à cela, le choix délibéré et scandaleux de l'ancien pouvoir de privilégier quelques gros producteurs, qui a entraîné la faillite de plus d'une centaine de petits perliculteurs, dont le montant cumulé des dettes bancaires atteint aujourd'hui 635 MF ! Mon ministère est actuellement à la recherche de solutions afin de venir en aide à ces perliculteurs.

Je ne peux que constater la frustration de nos administrés des atolls perlicoles, qui suite au laxisme de l'ancien gouvernement et à une mauvaise gestion des lagons, sont dans l'impossibilité aujourd'hui d'obtenir de nouvelles concessions.

Enfin, je termine cet état des lieux par l'absence totale d'écoute qui est reprochée à l'ancien ministre de la perliculture. Tous les professionnels que j'ai pu rencontrer au cours de ces trois derniers mois sont unanimes sur la question, et ils n'en reviennent pas encore de voir que nous prenons le temps de les recevoir et d'entendre leurs propositions.

Suite aux différents échanges que nous avons eu avec toutes les représentations professionnelles de la filière, je vais maintenant vous exposer les principaux axes de travail sur lesquels nous avons déjà commencé à travailler en matière de perliculture.

Axes politiques

Miser sur la qualité

Tout d'abord, il nous faut miser sur la qualité de notre production.

A cet effet, nous procédons actuellement à une modification de la classification des perles , avec la création d'une nouvelle catégorie de perles « parfaites », ainsi que la scission des perles D en D+ et D-. Les perles D-, de qualité inférieure, seront interdites à la vente à l'état brut mais devront être valorisées dans des ouvrages.

Nous mettons également en place des mesures incitatives à l' élimination des rebuts par recyclage.

Le maintien du niveau de qualité de notre production nécessite une intransigeance du contrôle . L'épaisseur de la couche perlière sera maintenue à un minimum de 0,8 mm . Par ailleurs, une amélioration de la procédure de contrôle est à l'étude afin de diminuer les délais occasionnés aux producteurs et acheteurs étrangers, avec notamment l'achat d'une 3 ème machine à rayons X automatisée.

Nous travaillons déjà sur un label qualité et la mise au point d'un marquage de la perle de culture de Tahiti. Et nous avons en projet la création d'un centre de tri indépendant .

Améliorer la technique de vente

Un deuxième axe de travail consiste en l'amélioration de la technique de vente.

Après analyse de l'audit marketing présenté au mois d'août, une réorientation des actions du GIE Perles de Tahiti est en cours afin d'optimiser la promotion sur les marchés mondiaux.

Au mois de septembre, un déplacement au Salon International de la Bijouterie de Hong-Kong a permis de rencontrer les représentants du GIE, de nouer des contacts avec les acheteurs internationaux et d'observer les techniques de vente de la perle de culture de Tahiti.

En concertation avec les professionnels de la filière, une réflexion a été entamée sur la mise en place d'une Maison de la perle , dans laquelle tous les producteurs seraient actionnaires, et qui permettrait une centralisation des ventes, dans un objectif de stabilisation des prix. L'étude de faisabilité par un expert en économie-marketing est en cours, avec un rapport prévu pour la mi-octobre.

Renforcer la professionnalisation de la Production

Une des préoccupations de notre gouvernement est le renforcement de la professionnalisation de la production.

Afin d'avoir une vision complète de la filière, nous avons prolongé la fermeture des lagons d'une année supplémentaire.

Nous poursuivons la délivrance de cartes de producteurs , qui ouvrent droit à l'exonération de carburant pour les professionnels.

Comme suite à la demande des perliculteurs d'une simplification du registre de stock, nous travaillons à une modification des textes en vigueur. Une réglementation sur les maisons de greffe et les écloseries est également en cours d'élaboration.

J'ai aussi entendu la demande de diminution de la garantie financière des négociants, et des propositions seront présentées dans ce sens lors de la commission consultative du négoce prévue au mois d'octobre.

Les greffeurs polynésiens

Pour ce qui concerne les greffeurs polynésiens, il est indispensable de restructurer le centre des métiers de la Nacre et de la Perle (CMNP) dans le sens d'une formation plus adaptée.

Il nous faut mettre en place le suivi des diplômés, et inciter les entreprises locales à les recruter. Nous y travaillons actuellement en concertation avec le ministère du dialogue social et le SEFI.

Nous avons également sensibilisé le SEFI et le service des Affaires administratives quant aux dérives liées à l'emploi des greffeurs étrangers plus ou moins qualifiés, et nous restons vigilants quant aux nouvelles demandes de permis de séjour.

Accroître l'autonomie du Pays

Afin d'accroître les retombées de la filière au bénéfice de notre pays, nous souhaitons inciter les acheteurs de perles à se déplacer en Polynésie. En concertation avec les producteurs locaux, le service des Douanes et les acheteurs internationaux, nous envisageons la création d'un espace dédié aux professionnels du secteur, au sein de la fameuse Maison de la Perle déjà évoquée.

Il convient également de procéder à l'élargissement du système d'entreprises franches aux ouvrages afin d'inciter à la valeur ajoutée locale.

Pour optimiser la formation de nos jeunes, nous travaillons sur la création d'un Lycée de la mer qui regrouperait toutes les formations aquacoles et perlicoles et dispenserait un diplôme d'Etat.

Nous souhaitons organiser des salons professionnels tous les 2 ans, dans le but de positionner Tahiti sur les salons internationaux

Enfin, une réflexion sur la faisabilité d'une usine locale de production de nucléus est en cours.

Voici les principales actions en matière de perliculture que nous avons pu définir et entamer en trois mois d'activité, et que nous nous proposons de mener à bien au cours des 5 prochaines années.

Taui

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